samedi 21 janvier 2017

C'est Noël tous les mois !




















   Un petit conte de saison avec un mois de retard, mais ça n'enlève rien à son intensité.
Texte et dessins de Gudule (qui signe ici Anne Carali) parus dans le journal "Magazine", Liban fin des sixties.
   Castor tillon



                     (Cliquez pour agrandir)
 Un conte de Noël















samedi 31 décembre 2016

Naissance



   Je sais bien que vous l'avez déjà lue, mais cette petite solitude qui n'en est pas une est tout-à-fait adaptée à ce jour spécial. Bonne année à vous, lectrices-z-et lecteurs de Gudule !

Castor tillon



                            Naissance



    Fin décembre 1994. Après de nombreuses tractations avec les éditions Hachette, ma série Zoé-la-trouille  — projet qui me tient particulièrement à cœur — vient d’être acceptée. Seize épisodes fantastico-humoristiques destinés aux CP-CM2, à raison de six parutions par an. Je suis sur le velours pour les deux ans à venir...
    Comme Sylvain tourne un film dans les pays de l’Est, et ne sera pas là pour le réveillon, l’envie me prend de faire « naître » mon héroïne la nuit de la Saint-Sylvestre, au dernier coup de minuit. Je m’empresse de prévenir mon entourage : cette année, pas d’invitation, je reste en tête-à-tête avec ma créature. Me connaissant, personne n’insiste. Je me prépare donc un petit repas de fête que je savoure devant mon ordinateur, dans les affres délicieuses du futur accouchement.
    Minuit. Je suis sur les starting-blocks. Un coup... Deux coups... Trois coups... Mon cœur bat à tout rompre. Quatre coups... Cinq coups... Six coups... Devant moi, la page blanche (enfin, l’écran blanc) ; pas de vertige, bien sûr, mais une folle impatience. Mes doigts fourmillent, attirés par le clavier comme par un aimant ; ma tête est pleine de mots qui ne demandent qu’à sortir... Sept coups... Huit coups... Neuf coups... L’instant ultime approche. Je bloque ma respiration, prends mon élan...
    Dix coups... Onze coups...
    Un bruit de clé dans la serrure m’arrache à mon attente hallucinée.
    — Sylvain ?
    C’est bien lui, souriant et crevé. Qui s’est tapé douze heures de train pour me faire la surprise.
    Je lui tombe dans les bras, on se partage les restes de toasts au saumon, on finit le champagne à peine entamé. Il me raconte par le menu son épopée, je lui narre en riant mon rituel avorté. Puis on va se coucher.
    Zoé naîtra demain, quand Sylvain sera reparti. Pour l’heure, j’ai mieux à faire.





vendredi 16 décembre 2016

ET POURTANT...




   En 1967, à tout juste 22 ans, Gudule était journaliste au Liban. Elle publiait dans "Magazine", le journal national, des articles engagés et courageux sur l'actualité. La vie misérable dans les geôles libanaises, la condition animale dans les abattoirs, la goujaterie des automobilistes, tout y passait.
   Elle interviewait également des artistes, des sculpteurs, des acteurs de théâtre, et animait une rubrique, "le coin des petits", où elle publiait les poésies des enfants illustrées par ses soins.
   Car elle dessinait fort bien.
   
Le petit texte que voici est une simple réflexion sur les tendances de l'époque. Il est accompagné de ses illustrations, et signé Anne Carali.
Bises,
Castor tillon. 

                           


















dimanche 11 décembre 2016

LE BEL ÉTÉ 60





















                                                 LA BRODEUSE DE CENDRES

         Parfois, je me demandais :
         « Comment sera le village quand j’aurai disparu ? »
         Nous sommes sans doute nombreux à nous être posé la question ; nombreux à avoir arpenté ces rues siècle après siècle, et à leur donner vie avant de céder la place aux suivants. En promenant les chiens le long des remparts, je ne pouvais m’empêcher d’y penser à chaque fois.
         « Y  aura-t-il toujours, à la terrasse du Roc café, ces joyeuses tablées du matin — Jean, Marcel, Pascal, Colette, Bobo, Bridget, Ghislain, Constant, François… — , partageant la brioche conviviale au soleil ?  Et, à l’heure de l’apéro, ces petits groupes de touristes devisant à voix basse, assis face au couchant ? »
         Et ceux que j’aime tant, grands et petits, petits devenus grands, où seront-ils ? C’est, je crois, l’une des certitudes les plus troublantes qui soit ; celle que le manège va continuer à tourner sans nous. Et en même temps, quand on y réfléchit, quel réconfort ! S’endormir au milieu du film sans avoir besoin d’appuyer sur « pause ». Ne plus avoir peur de perdre le fil de l’intrigue. Juste se laisser glisser paisiblement dans le sommeil sans perturber le spectacle ni déranger les spectateurs.

         Dans mon roman « La brodeuse de Cendres », j’avais fait de ce village l’un des multiples décors de l’Au-delà, où se poursuivaient pour l’éternité les activités quotidiennes d’un petit groupe humain, en tout point similaire au nôtre. Attrayante idée, ma foi. Aussi attrayante que la main de Castor enveloppant la mienne jusqu’au bout du chemin, ou que Sylvain, hantant à jamais sa galerie, sous le regard  bienveillant de Julia.

                                                                FIN





samedi 10 décembre 2016

LE BEL ÉTÉ 59




















                                                                   ÉPILOGUE

         J’ai bien failli intituler ce livre « J’arrive », en hommage à l’admirable chanson de Jacques Brel, dont les paroles m’ont toujours bouleversée. Mais outre que je renâclais à l’idée d’un emprunt, si prestigieux soit-il, le désespoir qui émane de ce texte  — et en fait d’ailleurs l’infinie beauté —, ne collait pas avec mon optimisme naturel.  Je choisis donc un titre plus proche de ce que je ressentais. Parce que l’appel de la mort, eh bien, très peu pour moi. Oh, je ne souhaitais pas vivre centenaire ! (Qui le souhaite, d’ailleurs ? C’est la perspective la plus hideuse qui soit. ) Mais pas question de rappliquer comme un toutou quand la Camarde me sifflerait !
         Dès lors, que le sursis dure encore quelques semaines, quelques mois — voire, avec un peu de chance, quelques belles années —, je voulais en profiter, en profiter vraiment ; rire, aimer, m’amuser, jouir de l’existence et faire un bras d’honneur aux pronostics funèbres.




vendredi 9 décembre 2016

LE BEL ÉTÉ 58





















                                                 MÉDECINE DU FUTUR


         Loin de moi l’idée de remettre en cause le corps médical, tellement sollicité en cette fin de civilisation paranoïaque et mortifère. D’autant que j’ai pu tester sa célérité quand il s’est agi de diagnostiquer mon cancer. Mais n’empêche… Lorsque, toute sa vie, on s’est allègrement passée du « docteur », relativisant ses petites misères et muselant ses angoisses à coup de « c’est pas grave, ça passera tout seul »,  on ne se doute pas de l’inaccessibilité de « ceux qui savent ». Or, ce sont eux, justement qui vous répètent à chaque visite : « Compte tenu de la dangerosité de votre traitement, n’hésitez pas à nous alerter au moindre signe suspect ». OK. Comme les signes suspects se multiplient, vous finissez par appeler l’hôpital. L’on vous répond qu’aucun spécialiste n’est actuellement disponible.
            — Même pour me parler cinq minutes ? implorez-vous.
  — Non, non, ils sont tous occupés.
  — Quand puis-je rappeler ?
            — Laissez-moi votre numéro ; sitôt que l’un d’eux se libérera, c’est lui qui vous rappellera.
                           Vous attendez deux jours, trois jours ; personne ne se manifeste. Vous retéléphonez ; même scénario. De guerre lasse, vous vous rabattez sur votre généraliste ; manque de pot, il est en congé. Bon, alors, vous faites quoi ?
                          Vous restez sagement en tête-à-tête avec vos (au choix) nausées, palpitations cardiaques, éruptions cutanées, flatulences, pertes d’équilibre, conjonctivite, douleurs abdominales, migraine, tracasseries digestives, tiraillements musculaires…, en vous répétant comme jadis :  « Allons, allons, un peu de patience, ça passera tout seul » ? Ou vous cherchez des réponses sur le Net ? Vous cherchez, bien obligée. Et là, vous découvrez que non seulement ces symptômes sont les effets secondaires de la chimio, mais que la liste complète est quatre fois plus longue. Du coup, vous vous empressez de l’éplucher — au risque de vous auto-infliger l’ensemble des malaises décrits, par mimétisme.
         « Pourquoi l’oncologue ne m’a-t-il rien dit ? » vous demandez-vous alors. Pourquoi n’ai-je pas été informée que ce traitement comportait un danger de leucémie, par exemple ? Et qu’il ne déboucherait pas sur une guérison comme on me l’a laissé entendre,  mais sur une simple rémission ?  Pour m’épargner ? Par manque d’empathie ? Par peur d’affronter de face le regard du condamné ? Par j’m’enfoutisme, tout bêtement ? « Si j’aurais su, au lieu d’aller chez le toubib, je me serais directement connecté sur Wikipédia  », pourrait déclarer Petit Gibus dans une « Guerre des boutons » remise au goût du jour. 
         À quand les consultations virtuelles, comme dans les livres de science-fiction des années trente ?